D'emblée, c'est cela qui arrive - à l'oeil: Jungles. Pas
les, pas
la, pas le temps
d'articuler, de définir. Jungles. Mot chuchotis, glotte sonore, ressac.
La peau de la toile collant à la rétine, à l'écorce des lévres, à la voûte du palais, voilure
des poumons paume de la main plante des pieds. Il ya une présence organique contagieuse de
la peinture,elle fait corps, elle pousse par série d'images,
et mon corps fait oeil de toutes parts pense le visiteur, et ma peau entière est rétine
impressionnable.
l
Il n'y a pas représentation de quelque paysage naturel. Ici, c'est :
la nature de l'art.
C'est la nature de l'art qui fait surface et déroule des scènes comme on rêve.
Rêve de jungles.
On n'habite pas la jungle, c'est elle qui vous habite. Qui rêve en vous et vous hante.
Etend ses lianes en croissances incalculables, couvre l'espace d'alphabets abscons. ils
traversent par séquences qui n'en font pas une histoire. Mais des récits en nombre. Une
fresque. une grotte préhistorique portant empreintes de toutes formes vivantes comme
feraient les mains négatives,
trait graphe greffe dessin écriture graffitis gribouillis griffe trait. La vie des tracés sur
la toile est parabolique.
L'oeil ouvre des clairières, les referme,...
Mireille Calle-Gruber